39

Svetlana serra sa fille dans ses bras dès que cette dernière eut franchi le sas du Crusader. La navette était toujours au sol, mais le pilote maintenait une légère poussée, prêt à décoller en catastrophe si la gravité locale faisait mine de grimper encore. Si elle dépassait 3 g, l’engin serait cloué sur place, incapable de s’arracher au flanc de la Boîte de Dérivation.

À l’intérieur, ça puait la peur et l’épuisement. Nick Thaïe compta les têtes pour vérifier qu’il n’avait oublié aucun survivant, puis s’assura que tous étaient bien arrimés pour le décollage. Ce vieil atterrisseur avait été conçu pour transporter une douzaine de personnes dans des combinaisons encombrantes mais, depuis, on l’avait démonté et transformé pour accueillir davantage de passagers. À l’époque, avant que les Fontaines ne les en dissuadent définitivement, les colons espéraient encore explorer le tube. Le vieux matériel de la DeepShaft – foreuses, robots divers et variés, lestage pour combinaisons, applicateurs de roche pulvérisée, tentes pliées et dispositifs nucléaires portables, à l’occasion – avait donc été remplacé par des places assises supplémentaires, des couchettes et autres équipements de survie. N’empêche qu’il faudrait vraiment se serrer quand la navette embarquerait Wang et les derniers colons… Mais Svetlana n’entendit personne se plaindre.

— Je t’ai crue morte, dit-elle à Emily. Quand c’est arrivé, nous avons d’abord pensé qu’il n’y aurait pas de survivants. Je devrais pleurer nos morts, je le sais, mais pour le moment, une seule chose compte à mes yeux : tu es vivante, toi.

— Nous ne savions pas ce qui se passait sur Janus, lui expliqua Emily en s’extirpant de sa combinaison. Nous avions remarqué les phénomènes sismiques affectant Eddytown, mais nous avons cru que c’était l’accident qui les avait déclenchés.

— Il n’a sûrement pas arrangé les choses… Mais en fait, c’est moi la responsable de cette catastrophe, dit Svetlana, pour qui raconter la vérité à sa fille était une véritable libération. Je n’aurais jamais dû chercher à entrer en contact avec les Chiens Musqués. Ils m’ont menti, Emily. Ils ont placé un de leurs engins au cœur de Janus, mais pas pour prélever de l’énergie, comme les Fontaines le faisaient. En fait, ce qu’ils veulent, c’est provoquer son explosion.

Emily parut accepter cette explication sans ciller.

— Mais pourquoi faire une chose pareille ?

— Ils veulent percer un trou dans la Structure. Janus est leur seule chance d’évasion jusqu’à l’arrivée de la prochaine lune, qui risque de se produire dans très, très longtemps.

— Et ils n’ont pas jugé utile de nous en informer ?

— Ils savaient déjà comment nous réagirions, je pense.

— Janus va exploser, alors ?

— On dirait, oui. Voilà pourquoi Bella a décidé d’évacuer tout le monde. Tout ce que nous avons accompli ici, tout ce que nous avons construit, ces endroits qui étaient enfin devenus nos foyers… tout prend fin aujourd’hui.

— Je ne peux pas y croire, c’est trop soudain…

Svetlana déposa un baiser sur la tempe de sa fille et passa les doigts dans ses cheveux ébouriffés.

— Nous allons devoir nous y faire, ma chérie.

— Où vivrons-nous ? Où prélèverons-nous notre énergie ? Comment trouverons-nous la force de survivre ?

— Nous la trouverons, comme les Fontaines avant nous.

— Mais nous n’aurons plus rien ! Nous aurons perdu la seule chose qui nous donnait de la valeur aux yeux des autres espèces !

— Dis-toi que nous découvrirons enfin qui sont nos vrais amis.

— Combien de temps ça va nous prendre, cette évacuation ?

— Quelques heures, d’après Bella. En tout cas, il faut partir, et le plus tôt sera le mieux.

— Et vous êtes quand même revenus nous chercher ?

— Pas question de t’abandonner, ma chérie !

— Toi, d’accord, mais pourquoi Bella, alors qu’elle pouvait s’en aller avec les autres ?

— Tu n’as qu’à le lui demander.

Bella se trouvait forcément quelque part dans la navette, et Svetlana s’efforça de la localiser parmi les évacués. Comme elle n’y arrivait pas, elle redoubla d’attention.

Bella n’était pas à bord.

— Où est-elle, Emily ? demanda Svetlana à sa fille en l’attrapant par le bras. Elle n’est pas revenue avec vous après vous avoir apporté les dernières combinaisons ?

— En fait, elle a voulu repartir avant, pendant que nous les enfilions. Je croyais qu’elle était déjà à bord quand nous sommes arrivés…

— Ce n’est pas le cas, de toute évidence. Tu n’as rien remarqué ?

Emily repoussa sa mère.

— Elle peut être n’importe où à bord !

— Elle n’est pas dans la cabine de pilotage, Emily. Où est-elle, bon sang ?

— Ne m’agresse pas ! répliqua la jeune femme scandalisée. Je devais m’occuper des vingt-six autres, je te rappelle !

— Et tu as oublié Bella…

Parry s’approcha d’elles en se tenant au rail du plafond.

— Sauf problème de dernière minute, on va décoller, les filles.

— Bella n’est pas à bord, lui annonça Svetlana.

Les traits de Parry se durcirent aussitôt, et il regarda autour de lui.

— Vous avez bien vérifié ?

— Oui. Elle n’est pas ici. Elle a dit à Emily qu’elle ne voulait pas les attendre, et qu’elle serait à bord avant eux.

— Qui a embarqué le premier ?

— Le fils d’Elias Feldman, et Bella n’était pas avec lui, je te le confirme.

— Merde !

Il avait l’air atterré. Après tout ce qu’ils venaient d’endurer, l’univers n’allait quand même pas leur jouer ce sale tour !

— Il a dû lui arriver quelque chose entre les deux sas, conclut-il.

— On ne voyait presque rien, leur expliqua Emily. Si elle est tombée, si elle s’est écartée de la piste que nous suivions… on marchait vite, et à la queue leu leu… Mais bon Dieu, ne me regardez pas comme ça ! Comment vouliez-vous qu’on sache qu’elle allait se planter ?

— Du calme, Emily, lui dit son père. Personne ne te reproche rien.

— Si, elle ! rétorqua la jeune femme en regardant sa mère d’un air entendu.

Parry prit l’un des casques empilés sur une étagère.

— J’y retourne. Dites au pilote de retarder le décollage le plus longtemps possible. S’il est forcé de prendre l’air, je traînerai Bella de l’autre côté des roues…

— Tu n’arriveras jamais à passer par la porte coincée, Parry ! protesta Svetlana. Je vais enfiler une combinaison de secours et y aller à ta place. Mike en a apporté quelques-unes en plus, non ? C’est le seul moyen !

— Pas question, ma chérie. Je ne veux pas qu’il t’arrive la même chose qu’à elle.

— Mais justement, nous ignorons ce qui s’est passé ! Il faut y retourner ! Elle est peut-être coincée, ou bien elle s’est perdue… Elle ne connaît pas Eddytown !

Au bout d’un moment, Parry céda.

— D’accord. Je vais baratiner le pilote, qu’il nous garde au sol pendant six minutes de plus. Si tu n’as pas trouvé Bella dans trois minutes, tu fais demi-tour et tu reviens, tu m’as bien compris ?

Svetlana se débarrassa de sa Chakri-5 pendant que l’autre combinaison prenait forme. En traversant la navette, elle bouscula des gens et suscita quelques grognements, mais elle s’en moquait complètement. Deux minutes plus tard, elle était au sol, et elle partit à la recherche de Bella. Elle refit leur parcours en ahanant sous l’effort dans les zones à forte gravité, sans se préoccuper une seconde du fait qu’elle répétait un itinéraire et risquait donc de s’attirer les foudres des machines. Elle se retrouva devant le complexe administratif, puis devant la porte bloquée qu’elle n’avait pas pu forcer quelques minutes plus tôt. Cette fois-ci, elle se glissa sans problème dans la pièce suivante.

Il ne lui fallut pas longtemps pour la retrouver. Comme l’avait deviné Emily, Bella était tombée un peu à l’écart de l’itinéraire emprunté par les survivants. Dans le noir, obnubilés par l’idée de sauver leur peau, ils n’y avaient pas prêté attention et aucun d’entre eux ne l’avait aperçue, gisant parmi les décombres du bâtiment dépressurisé. Svetlana passa la main au-dessus de la femme étendue par terre et comprit immédiatement ce qui s’était passé : ici, la gravité atteignait facilement 3 ou 4 g. Un seul faux pas dans cette zone avait suffi à la déséquilibrer, puis elle avait heurté le sol avec une violence dévastatrice. Ces combinaisons de secours n’étaient pas conçues pour protéger leurs occupants contre ce genre d’aléa.

Pas plus celle de Bella que les autres.

À force de s’escrimer, Svetlana parvint à tirer le corps de Bella hors de cette zone sans s’exposer elle-même. Ensuite, elle eut toutes les peines du monde à porter son amie jusqu’à la porte et à la faire passer de l’autre côté. Elle venait de traverser tous les stades d’épuisement qu’elle avait déjà connus dans sa vie, et elle abordait maintenant une étrange et nouvelle contrée de la fatigue. Par la suite, elle ne se rappellerait que vaguement le reste du trajet, et beaucoup plus tard elle apprendrait que Parry l’avait attendue devant le bâtiment et qu’il les avait portées toutes les deux jusqu’au Crusader.

Bella était morte. Sous l’impact de sa chute, un débris s’était détaché et planté dans son crâne comme un piton.

Mais pouvait-on vraiment mourir sur Janus ?

Les chances de la ramener étaient maigres, mais une fois à bord Svetlana voulut tenter l’impossible. Bella était morte sur le coup. Sa combinaison avait été transpercée et l’air qu’elle respirait s’était perdu dans le vide, certes, mais le peu d’oxygène qui restait dans son corps avait déjà déclenché le processus post mortem de dégradation cellulaire. Si on ne faisait rien, les dégâts seraient bientôt irrémédiables.

Il fallait évacuer ces dernières traces d’oxygène et bloquer les récepteurs des cellules. Sans vraiment se rendre compte de ce qu’elle faisait, Svetlana se rua vers la trousse de secours la plus proche, l’arracha de la paroi et en sortit fébrilement le kit de l’Ange de Glace, avec sa notice à la portée d’un enfant. Ils disposaient de techniques d’immersion bien meilleures depuis quelques dizaines d’années, mais l’équipement du Crusader n’avait pratiquement pas changé depuis les débuts de la colonie.

Parry lui pressa doucement le bras.

— C’est trop tard, ma chérie. Elle est morte depuis trop longtemps.

— On peut y arriver !

— Non, ça ne va pas marcher, insista-t-il calmement. L’Ange de Glace est censé préserver les systèmes avant qu’ils ne s’effondrent, Svieta. Dans le cas de Bella, le mal est déjà fait.

— Nous pouvons stopper le processus, nous pouvons empêcher son état d’empirer…

— Tu veux bien faire, je le sais, mais cette fois-ci, nous avons perdu. Bella l’aurait compris.

— Parry, soit tu t’écartes, soit tu te rends utile, s’énerva-t-elle.

— Ma chérie…

— Écoute-moi, bordel !

Elle avait crié si fort qu’elle avait réussi à couvrir le grondement des machines, et toutes les autres conversations s’étaient tues.

— Je ne vais pas la regarder mourir, tu m’entends ? Alors ou tu m’aides ou tu dégages, bordel !

Il ouvrit la bouche, mais rien n’en sortit. Ensuite, si bas qu’elle seule pouvait l’entendre, il céda :

— Je fais quoi, alors ?

Elle lui répondit sur le même ton :

— Vite, sors-la de cette combinaison. On va la mettre dans un scaphandre, puis l’inonder d’hydrogène sulfuré. Dépêche-toi.

— OK.

 

 

Bella reposait dans un scaphandre lorsque le Crusader arriva à Crabtree pour prendre à son bord les retardataires ayant raté le maglev. Ces gens et les robots Q-I qui les accompagnèrent jusqu’à la navette emportèrent tout ce qu’ils purent sauver des grands arboretums et des aquariums de la ville. Ils montèrent à bord avec un butin pathétique, quelques rameaux ou quelques poissons, pour les plus chanceux, souvent aux dépens de leurs biens personnels. Des petits gestes désespérés et probablement inutiles – la nouvelle colonie n’aurait sans doute pas grand-chose à voir avec l’ancienne –, mais c’était mieux que rien. Ces gens se comportèrent comme tout être humain se devait de le faire, aurait dit Bella. Peu importait ce que leur réservaient les quelques jours ou les semaines qui suivraient, ces branches et ces poissons contenaient la promesse d’un avenir. Ailleurs, quelque part dans la Structure, ils trouveraient un moyen de reconstruire Crabtree ou ils périraient en essayant.

Mais d’abord, il fallait affronter les heures à venir.

Quand la navette se posa, le passe fabriqué par Wang Zhanmin était prêt, encore brûlant du feu de sa création subnucléaire. Les robots le transportèrent respectueusement à bord de la navette en attente. On aurait dit une sculpture abstraite en verre soufflé, à la fois fragile et follement sophistiquée. C’était une sorte de cylindre grand comme un moteur à réaction, avec des collerettes et des tuyaux entrelacés scintillant d’éclats chromatiques dus à la lumière réfractée. Malgré sa complexité, cette chose improbable avait un air d’inachevé. Des fentes, des brèches suggéraient l’absence d’éléments indispensables, comme dans un casse-tête chinois privé de quelques pièces. Svetlana comprendrait plus tard que cette création des Chuchoteurs existait des deux côtés de la matière. Les pièces « manquantes » étaient bien là, en fait, intégrées au corps de l’objet grâce à des champs coupleurs gravitomagnétiques et autres conduits d’énergie, et elles partageaient certaines portions – mais pas toutes – du même volume spatial que les parties visibles. Autrement dit, ce passe était encore plus complexe qu’il n’en avait l’air. Un Chuchoteur n’en aurait perçu que les parties invisibles pour les autres et se serait sûrement interrogé sur ces éléments fantômes en prise directe avec le côté humain de l’univers.

Svetlana inonda Wang de questions sur le passe.

— Je m’attendais à en discuter avec Bella… répondit-il d’abord, sans aucun reproche apparent.

— Bella est morte, lui dit-elle, écœurée par les mots qu’elle venait de prononcer.

— On peut la sauver ?

— Je l’ignore.

Pour la première fois, elle se demanda si Parry n’avait pas raison, finalement.

— Nous l’avons cryogénisée, comme l’aurait fait Axford. C’est mieux que rien, j’imagine, ajouta-t-elle.

— Il vous est sûrement arrivé de souhaiter sa mort, non ?

Elle acquiesça, terrassée par cette vérité.

— Mais pas cette fois-ci ?

— Non, pas cette fois-ci… répliqua-t-elle tout bas.

Ils s’élevèrent au-dessus de Crabtree à poussée réduite, pour ne pas risquer d’endommager ce passe si délicat. Par l’un des hublots blindés de la navette, Svetlana contempla la colonie qui s’éloignait. De l’Habitat Haut aux dômes de la périphérie, les lumières de Crabtree brûlaient encore, comme s’il restait du monde en bas. Pour ne pas perdre de temps, et parce qu’on l’avait jugé inutile étant donné les circonstances, personne n’avait cherché à couper l’alimentation, à la grande consternation de Svetlana. Pour elle, c’était presque irrespectueux, cette façon désinvolte d’abandonner Crabtree. Pendant toutes ces années, cette ville leur avait offert un abri, et voilà qu’ils partaient comme s’ils étaient fatigués d’elle, sur un coup de tête, sans la prévenir. Les systèmes de survie fonctionnaient encore, parce qu’ils ignoraient que les humains dont ils avaient la charge les avaient abandonnés. Avant de quitter définitivement Janus, il aurait fallu organiser une cérémonie d’adieu en présence de tous les colons, un ultime témoignage de gratitude.

Après tout ce temps, Crabtree commençait enfin à devenir un vrai foyer pour ses habitants, et voilà qu’ils s’en allaient sans crier gare.

Ils volèrent directement jusqu’au trou ouvert par les Chiens Musqués, surgirent de l’autre côté du Ciel de Fer et traversèrent une mer de ténèbres incurvée. Vingt kilomètres plus loin, ils arrivèrent en vue de l’ambassade des Fontaines, ou plutôt de ce qu’il en restait. De temps à autre, les éclairs de lumière émis depuis la cavité voisine illuminaient la surface noire du Ciel.

Ils se posèrent à l’ambassade, en utilisant le seul appontement qui avait résisté. Les piliers soutenant le Ciel de Fer absorbaient en partie les spasmes qui secouaient Janus, mais sa surface tremblait terriblement.

— Ça ne se calme pas en bas, leur dit Nick Thaïe, qui consultait sur son flexi les relevés les plus récents. Si nous étions encore sur la Boîte de Dérivation, nous y resterions plaqués, à l’heure qu’il est. On est partis juste à temps.

Sauf qu’ils n’étaient pas encore partis, enfin pas vraiment. Ils n’étaient pas plus en sécurité sur le Ciel de Fer qu’à la surface de Janus. Leur sanctuaire se trouvait encore à plus de deux minutes-lumière, et une bataille s’y déroulait.

— Des nouvelles des premiers évacués ? demanda Svetlana à Nick.

— D’après Jim, trois cent cinquante personnes sont en route vers le bout du tube, certaines dans des vaisseaux fontaines et les autres entassées dans l’Avenger. Il faut partir, Svetlana.

— Nous allons attendre Jim.

— Il m’a contacté. Il ne va pas tarder, et il vient avec un invité, paraît-il.

Svetlana descendit dans la cale de la navette et se posta près du sas de chargement juste au moment où Jim arrivait. Sans combinaison, bien sûr. Il portait ses éternels et informes vêtements d’avant la Rupture. Il ôta ses lunettes pour en essuyer la buée.

— Alors, nous avons un passe ? lança-t-il à Svetlana.

Il voulait entrer dans le vif du sujet, visiblement.

— Oui, je vais vous le montrer. Mais d’abord…

Elle hésita. Les mots avaient du mal à passer.

— Il s’est passé quelque chose, Jim, reprit-elle. Quelque chose qui me désole profondément.

Elle eut l’impression qu’il la contemplait comme si son âme était devenue un vitrail.

— Bella, lui dit-il simplement.

— Elle est morte en aidant les survivants à quitter Eddytown. Elle y a laissé sa peau.

— Nick Thaïe me l’a dit.

— Elle est morte en sauvant des vies. Elle a sorti ma fille de ce pétrin. Malgré tout ce qui s’est passé entre nous, elle l’a sortie de ce pétrin.

— Nick m’a aussi raconté autre chose, lui dit-il en poussant ses lunettes sur l’arête de son nez.

Il la regardait par-dessus ses demi-lunes.

— Il paraît que vous êtes retournée la chercher.

— Vous auriez fait la même chose.

— La différence, c’est que moi, je suis déjà mort une fois. Vous, pour ce que j’en sais, vous n’avez pas encore eu ce plaisir. Il vous aura fallu beaucoup de courage, Svetlana.

— Je ne pouvais pas l’abandonner là-bas.

— C’est évident. Et vous surtout, parmi tous les autres.

— Parce que je la haïssais ?

— Peut-être. Pendant toutes ces années de haine, je pense qu’un lien d’amitié a tout de même subsisté entre vous. Bien sûr, vous n’étiez pas prêtes à l’admettre, ni elle ni vous.

Svetlana prit un air sceptique.

— À mon avis, vous vous faites des idées.

— Alors pourquoi insister à ce point pour y retourner, alors que vous risquiez d’y rester, vous aussi ?

Svetlana détourna le regard, maussade.

— Sur le moment, ça m’a paru sans importance. Nous l’avons cryogénisée en appliquant à la lettre la procédure de l’Ange de Glace, mais je sais bien qu’il est trop tard. Son cerveau a subi des lésions, et quand je l’ai retrouvée, elle était morte depuis trop longtemps.

— Les Fontaines m’ont bien régénéré, moi. Elles pourront peut-être faire quelque chose pour elle, vous savez.

Svetlana faillit lui rappeler avec une pointe de méchanceté que ce n’était pas l’ancien Jim Chisholm qui était revenu. En fait, les Fontaines avaient créé une chimère à partir de deux cadavres, même si c’était essentiellement à partir de celui de Jim. Le problème, c’était que le blastome lui avait ravagé le cerveau, et les extraterrestres n’avaient eu d’autre choix que de remplacer les pièces manquantes de sa mémoire et de sa personnalité par celles qu’ils avaient pu récupérer sur Craig Schrope. Le cerveau de Bella avait été gravement lésé, lui aussi.

— Nous devrions partir, Jim.

Il jeta un coup d’œil par le hublot du sas.

— Nous n’attendons pas notre invité ? Nick ne vous a pas prévenue ?

Elle suivit son regard et aperçut une sphère de voyage qui roulait vers la navette. Cette boule de verre abritait une Fontaine aux frondes bleues qui la propulsait de l’intérieur.

— C’est McKinley, je parie ?

L’extraterrestre qui s’était dérangé pour venir à la fête de bienvenue en l’honneur de Mike Takahashi…

— En chair et en os, fit Chisholm.

— Il est revenu avec vous, alors ? Ça me surprend.

— La Connexion du Puits Cinq est arrivée pendant votre mésaventure à Eddytown, dès que les choses ont tourné en sa faveur sur le champ de bataille.

— Mais le combat continue, non ?

— Nous n’en avons pas tout à fait terminé, mais il est peu probable que les Incontrôlés reprennent le dessus, désormais. Heureusement, ils étaient peu nombreux, et ils avaient déjà subi quelques revers pendant leur périple. McKinley a jugé que nous ne risquions rien à revenir ici, en tout cas pour l’instant.

— Et les autres Fontaines, elles vont bien ?

— Oui, ça va, mais on ne peut pas en dire autant de tous les membres de la Connexion.

— Nous pouvons passer dans la cavité voisine, alors ?

— Pas encore. Restons-en là, voulez-vous ?

McKinley monta à bord et la sphère s’enfonça tant bien que mal dans le dernier espace disponible de cette cale déjà bondée. Puis la navette s’éleva au-dessus de l’ambassade en accélérant brutalement, et le Ciel de Fer se réduisit bientôt à un simple rond noir qui rétrécissait derrière eux, avec en toile de fond la lueur orange diffuse du tube.

— Vous êtes venu dans un vaisseau fontaine, n’est-ce pas ? demanda Svetlana à Chisholm pendant qu’ils allaient voir le passe. Pourquoi ne sommes-nous pas partis avec ? Nous irions plus vite, non ?

— McKinley a réfléchi à la question. D’après lui, il vaut mieux que les Chiens Musqués continuent à croire qu’ils ont affaire à un minable véhicule humain, sans aucune Fontaine à bord…

— Bon, c’est vrai, McKinley est à bord, mais sinon, c’est exactement ça.

— Détrompez-vous. Quand vous vous êtes posés, McKinley a fixé un engin à votre coque. Un engin tout petit, que les Chiens Musqués ne verront – s’ils le voient – que quand il sera trop tard, mais qui va faire toute la différence quand nous déciderons de les dépasser.

— De quoi s’agit-il ?

— En gros, d’un petit propulseur de translation, qu’il a boulonné sur le Crusader. C’est une invention humaine, donc rien qui doive vous mettre mal à l’aise. Chromis aurait tôt ou tard offert cette technologie à Bella, j’en suis persuadé.

— Un propulseur de translation…

Les Chiens Musqués lui avaient promis ce machin s’ils refaisaient affaire ultérieurement, se rappela-t-elle soudain. Encore ces mensonges censés l’appâter…

— Comme je vous l’ai dit, il est tout petit. Pas de quoi aller vadrouiller dans la galaxie, mais suffisant pour permettre à la navette d’accélérer au maximum dans la limite de ce qu’elle peut supporter.

Elle repensa aux Chiens Musqués, toujours embusqués quelque part entre Janus et le bout du tube.

— Pourquoi devons-nous les dépasser ?

— Parce qu’ils vont espérer nous voir échouer.

— Ils ont déjà perdu, si vous avez vaincu les Incontrôlés.

Chisholm prit un air peiné.

— Je vous ai dit que nous avions pris le dessus, nuance. En tout cas, nous ne voulons surtout pas d’une intervention des Chiens Musqués. S’ils sont vraiment les alliés stratégiques des Incontrôlés – jusqu’à l’explosion de Janus, en tout cas –, cela ne ferait que nous compliquer la tâche.

— Quel est votre plan, alors ?

— Je vais les punir.

Ils arrivèrent auprès du passe. Chisholm caressa le verre contourné de l’instrument chuchoteur comme s’il se délectait du contact quasi érotique entre sa peau et l’élégant dispositif transparent. À un moment, ses doigts s’égarèrent dans l’une de ces absences où, pour tout autre qu’un Chuchoteur, des mécanismes supplémentaires auraient logiquement dû se trouver. Il les retira brusquement, comme s’il venait de plonger la main dans l’eau bouillante ou de toucher un fil électrique à nu. Le passe avait refroidi. Il était même glacé, comme s’il continuait à se refroidir de lui-même. Monté sur une structure rigide fabriquée à la hâte avec des barres perforées, il semblait avoir bien supporté le transport entre le creuset et la navette.

— Svetlana, ce passe m’a l’air tout ce qu’il y a de vrai, vous pouvez me croire ! Si ce n’est pas une clé en état de marche, c’en est une sacrément bonne imitation ! s’exclama Chisholm en se tournant vers elle.

— Je préférerais que vous me disiez qu’il fonctionne.

— Nous ne le saurons qu’une fois arrivés au bout du tube. Espérons qu’il se passe quelque chose quand nous l’actionnerons.

— Et on s’en sert comment, de ce truc ?

— On vise et on appuie, c’est tout. Comme une télécommande de porte de garage ! Sauf que la porte de garage se trouve à plus de deux minutes-lumière et pourrait laisser passer Madagascar en un seul morceau. Sinon, c’est d’une facilité confondante.

— Si ça marche.

— Oui, si ça marche, soupira-t-il comme s’il venait seulement d’envisager la possibilité d’un échec.

— Les Chiens Musqués doivent avoir leur propre passe, non ? Sinon, comment espèrent-ils pouvoir refermer la porte derrière eux ?

— Les Chiens Musqués ou les Incontrôlés…

— Pourquoi ne s’en sont-ils pas encore servis, dans ce cas ? Bella m’a dit que nous allions devoir déclencher la fermeture de la porte longtemps avant d’y arriver. Cela ne vaut-il pas aussi pour les Chiens Musqués ?

— Ils n’en sont pas encore assez près. S’ils déclenchaient la fermeture maintenant, ils arriveraient devant une porte fermée. Pas très malin, même selon leurs standards.

— Ils n’ont qu’à attendre d’être sains et saufs de l’autre côté, dans ce cas !

— Ce serait prendre le risque que Janus explose avant. Ils doivent avoir calculé leur passage au plus juste.

— Et nous ?

— Nous, nous allons devoir faire mieux.

Chisholm empoigna l’une des lourdes extrémités de l’engin et lui infligea une torsion, selon une ligne de séparation que Svetlana n’avait pas remarquée jusqu’alors. Comme sur un casse-tête ingénieux, les proportions de l’objet pouvaient être modifiées en fonction de l’orientation des deux morceaux. Bordée de bleu là où elle rencontrait des disjonctions brutales entre différents états de la matière, une lueur jaune citron se répandit dans les vibrisses de verre et les spires intestinales. Le passe trembla, comme s’il voulait se libérer de son support.

— Ça fonctionne ? s’exclama Svetlana, éberluée.

Chisholm posa un doigt sur ses lèvres et chuchota :

— Presque. Encore une torsion et il sera prêt à émettre la commande de fermeture. Nous devrons orienter la navette dans la bonne direction. Le rayon du passe est très étroit et s’il ne touche pas les récepteurs, il ne se passera rien.

— Et ce rayon très étroit, c’est quoi ?

— J’aimerais bien pouvoir vous l’expliquer, mais malheureusement, nous n’avons pas toute la journée devant nous, répliqua Chisholm sans la moindre trace de condescendance.

Svetlana préféra ne pas insister.

Le traitement que Jim réservait aux Chiens Musqués n’avait rien d’élégant ni de subtil. Tout son plan reposait sur une unique petite ruse : il espérait que les Chiens Musqués ne se préoccuperaient pas d’un véhicule humain cherchant vainement à rejoindre la cavité suivante avant l’explosion de Janus. Pour lui, même poussés dans leurs derniers retranchements, les Chiens Musqués ne s’en prendraient pas ouvertement à la navette. Si d’autres membres du Puits Cinq les pressaient un jour de questions à ce sujet, ils pourraient jouer l’étonnement et nier le fait qu’ils avaient instrumentalisé Janus pour tenter de s’évader de la Structure. Jim avait appris beaucoup de choses sur eux en écoutant McKinley et les autres extraterrestres, et il était parfaitement conscient du degré de sournoiserie dont ils pouvaient se montrer capables. Ils prétendraient avoir voulu exploiter Janus pour son énergie conformément à l’accord négocié avec les humains, puis clameraient avoir été aussi surpris que les autres lorsque leur innocent bricolage avait déclenché un processus de destruction ayant conduit à l’explosion de la lune. Évidemment qu’ils avaient essayé de se mettre à l’abri, qu’auriez-vous fait à leur place ? S’il avait été en leur pouvoir d’aider ces malheureux humains…

Des mensonges, rien que des mensonges… mais les Chiens Musqués s’en étaient souvent sortis in extremis grâce à leurs mensonges, justement. Et c’était aussi ce qui les rendait si forts dans les négociations. Bref, s’ils voulaient continuer à bénéficier de la présomption d’innocence, ils ne pouvaient se permettre d’entreprendre une action hostile contre le Crusader alors que le reste de la Connexion du Puits Cinq assistait au déroulement des événements.

Le Crusader put donc dépasser le vaisseau cartilagineux avant que les Chiens Musqués ne commencent à s’intéresser à son accélération anormale. Et quand ils s’y intéressèrent, il était déjà trop tard.

Jim Chisholm effectua un dernier réglage sur le passe, qui brillait maintenant d’un bel or cuivré. Il tremblait si violemment qu’ils le crurent sur le point d’éclater en mille morceaux scintillants. Heureusement, rien de tel ne se produisit. Comme ils ne pouvaient pas viser leur cible en pointant dessus le délicat instrument à l’intérieur de la navette, Chisholm demanda qu’on coupe les moteurs le temps de pouvoir se servir de la navette elle-même comme viseur. Puis ils lancèrent leur rayon, en espérant qu’à cette distance il atteindrait les récepteurs.

Une minute s’écoula dans une anxiété dévorante, puis les Fontaines leur confirmèrent que la porte commençait à bouger. Il leur fallait maintenant se faufiler à temps dans l’étroit passage. N’y tenant plus, Svetlana alla rejoindre McKinley auprès du cadavre congelé de celle qui avait été son amie et son adversaire.

— J’ai fait ce que je pouvais, lui dit-elle. Vous pourrez réparer certains dégâts, non ?

McKinley avait trouvé le moyen d’examiner le crâne transpercé sans en ôter le casque et sans quitter sa sphère. Quand il lui répondit, ce fut sur un ton qui ne la rassura pas :

— Vous avez fait ce qu’il fallait, Svetlana. C’est toujours mieux de tenter quelque chose et d’échouer que de ne rien tenter du tout. Malheureusement, son cortex orbitofrontal a subi des lésions sérieuses.

— Trop sérieuses pour envisager une guérison ?

— On ne peut pas reconstituer un esprit en se basant sur des suppositions. Je pourrais la ressusciter, oui, mais ce ne serait pas la Bella que vous avez connue.

— Nous avons déjà perdu trop de monde aujourd’hui, McKinley. Je ne veux pas perdre quelqu’un d’autre.

— Vous avez risqué votre vie pour la ramener. Vous aviez une dette envers elle, et elle envers vous… Si j’osais, je dirais que l’ardoise est effacée.

Svetlana scruta dans la coque de verre la masse de vrilles bleu-vert toutes bruissantes.

— Vous êtes drôlement doué, McKinley.

— Ah bon ? Pour quoi ?

— Pour parler comme un humain, pour émettre les bruits qu’il faut. Vous apprenez depuis que nous nous sommes rencontrés et vous faites des progrès tous les jours, mais parfois je me dis que dans le fond vous ne comprenez pas du tout ce qui nous pousse à agir.

— J’ai compris que pour vous l’existence a plus de valeur que la non-existence. Nous avons donc au moins une chose en commun. On ne peut pas en dire autant de toutes les cultures que vous rencontrerez dans la Structure, vous pouvez me croire.

— Si c’est censé me rassurer…

— Pas du tout.

Elle ferma les yeux et respira un grand coup, épuisée.

— Je vous suis très reconnaissante, ne vous méprenez pas. C’est juste que… nous avons été amies, elle et moi. Il s’est passé un tas de choses entre nous, d’accord, mais rien d’assez grave pour m’empêcher de souhaiter son retour parmi nous.

— Je suis désolé, lui dit McKinley d’un ton apaisant. J’aimerais pouvoir intervenir, mais la matière organisée est la chose la plus précieuse de l’univers, et quand elle disparaît, c’est pour toujours.

Un peu plus tard, Svetlana quitta Bella et l’extraterrestre. Elle grimpa dans la navette jusqu’à un hublot d’observation isolé, d’où elle put contempler le chemin qu’ils venaient de parcourir, en s’efforçant de repérer au loin la petite tache noire de Janus contre la sinistre paroi orange du tube. Ils avaient déjà dépassé les Chiens Musqués, en poussant le propulseur d’appoint aux limites du possible. On distinguait encore leur vaisseau à plusieurs milliers de kilomètres en arrière, enchevêtrement de cartilages rétroéclairés par son mystérieux système de propulsion. Eux aussi poussaient leur engin au maximum : de gros morceaux s’en détachaient, débris adipeux et pièces mécaniques grippées dans leur enveloppe de viande, traînée bien visible sur l’image radar.

Le radar en question lui révéla aussi que les Chiens Musqués étaient en train de perdre la course. La porte du bout du tube se refermait à une vitesse inquiétante, à tel point que Svetlana se mit à douter du minutage de Chisholm.

Des doutes qui n’avaient pas lieu d’être.

 

 

Juste après leur passage par l’étroite ouverture, Jim lui demanda l’autorisation d’envoyer un message au vaisseau cartilagineux.

— Pourquoi ? fit-elle en fronçant les sourcils.

— Question de principe. Pour la Connexion Cinq, il est extrêmement important de faire les choses dans les règles.

Elle accepta. Elle prévint tous les passagers, qui se préparèrent à entendre ce que Chisholm avait à dire aux Chiens Musqués. Une fois encore, les conversations se turent.

Ce discours, Svetlana ne l’oublierait pas de sitôt.

— Ici Jim Chisholm, représentant humain de la Connexion du Puits Cinq. Je m’adresse à Celui-qui-Négocie. Vous allez mourir, vous et vos congénères si l’explosion de Janus vous épargne, vous mourrez dès que les membres survivants de la Connexion vous auront interceptés. C’est le prix à payer pour vous en être pris à une espèce affiliée à la Connexion, et pour votre comportement coupable, qui a rendu possible l’incursion des Incontrôlés, dont l’hostilité n’est plus à démontrer, dans cette partie de la Structure. Cette décision, le tribunal de la Connexion l’a prise à l’unanimité, et elle ne pourra donner lieu à un appel. Cependant, la Connexion sait se montrer charitable. Il a donc été convenu ce qui suit : si vous le souhaitez, vous pouvez émettre un ultime message, que nous conserverons soigneusement. Ce message sera archivé en vue de rencontres ultérieures avec d’autres meutes de Chiens Musqués. Vous pouvez également désigner d’autres récipiendaires, à votre convenance. Aucune censure ne sera appliquée au contenu de ce message et nous continuerons cet enregistrement jusqu’à la perte du contact avec votre vaisseau.

Chisholm se tut un instant, puis conclut sa déclaration :

— Nous vous écoutons. Si nous ne détectons aucune réponse sur cette fréquence dans cinq unités temporelles standard de la Connexion, nous en déduirons qu’aucun message ne nous parviendra.

Quand il eut terminé, Svetlana lui demanda à quoi correspondaient ces cinq unités standard.

— À environ trois minutes, lui répondit Chisholm.

Trois minutes s’écoulèrent, puis quatre, puis cinq, mais les Chiens Musqués restaient muets. Six minutes plus tard, le radar enregistra la catastrophe qui venait de frapper le vaisseau cartilagineux. Poussé au-delà de ses limites structurelles, il s’était scindé en deux énormes morceaux tournoyants.

Son accélération s’interrompit brutalement. Au cours de la septième minute, tandis que l’ouverture de la porte se réduisait encore, un fragment de signal leur parvint sur la fréquence de réception. Les haut-parleurs le diffusèrent dans toute la navette. C’était un gargouillis horrible, baveux, comme si on étranglait une bestiole et qu’on la noyait en même temps. Puis Janus explosa.

Les caméras fixées à la paroi de la Structure enregistrèrent une bonne partie du spectacle et envoyèrent ces images vers la navette jusqu’au moment où le souffle de l’explosion les réduisit à néant. Pendant une fraction de seconde, les trous dans le Ciel de Fer diffusèrent deux rayons mortels et aveuglants, puis le Ciel lui-même finit par céder, désormais incapable d’endiguer le flot d’énergie de cette lune qui rendait l’âme. Il s’éparpilla dans l’espace en un millier de tessons noirs.

La porte du bout du tube n’était plus ouverte que de quelques centaines de mètres lorsque le souffle l’atteignit. Une aiguille acérée d’une féroce intensité traversa le cercle qui s’étrécissait au centre de la porte, des débris du vaisseau cartilagineux agonisant souillant son éclat d’une pureté aveuglante.

Puis la porte se referma.

 

Janus
titlepage.xhtml
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_000.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_001.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_002.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_003.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_004.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_005.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_006.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_007.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_008.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_009.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_010.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_011.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_012.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_013.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_014.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_015.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_016.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_017.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_018.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_019.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_020.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_021.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_022.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_023.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_024.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_025.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_026.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_027.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_028.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_029.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_030.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_031.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_032.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_033.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_034.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_035.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_036.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_037.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_038.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_039.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_040.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_041.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_042.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_043.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_044.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_045.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_046.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_047.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_048.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_049.html
Reynolds,Alastair-Janus(Pushing Ice)(2005).French.ebook.AlexandriZ_split_050.html